C'est la question que j'entends le plus souvent en ce moment, autant des acheteurs qui espèrent une aubaine que des propriétaires qui craignent d'avoir manqué le sommet. Les ventes ralentissent, l'inventaire grimpe, et pourtant les prix montent encore. Voici comment ces trois choses tiennent ensemble.
Le paradoxe d'août, en trois chiffres
Les données d'août dévoilées par l'APCIQ le 4 septembre donnent une image nette. Dans la région de Montréal, 2 853 ventes se sont conclues, un recul de 13 % sur un an. En même temps, l'inventaire est monté à 20 128 propriétés à vendre, en hausse de 18 %. Et sur la Rive-Sud précisément, le nombre d'inscriptions a bondi de 28 %, la plus forte hausse de toute la région.
Avec moins d'acheteurs actifs et beaucoup plus de maisons offertes, la logique voudrait que les prix reculent. Ce n'est pas ce qui arrive. Sur un an, le prix médian a monté de 3 % pour l'unifamiliale, de 4 % pour la copropriété et de 2 % pour le plex. Le marché ralentit, mais il ne baisse pas. C'est exactement ce qui déroute les gens.
Pourquoi les prix ne tombent pas
Trois raisons se combinent. D'abord, on part de très bas côté offre. Après quatre ans où il n'y avait presque rien à vendre, un inventaire en hausse de 28 % reste un inventaire qui rattrape son retard, pas un surplus. Il y a plus de choix qu'avant, mais pas assez de bonnes maisons bien situées pour faire s'écrouler les prix.
Ensuite, l'unifamiliale demeure un marché de vendeurs dans la majorité des secteurs de la région. Une maison de qualité, correctement affichée, trouve encore preneur. Elle prend un peu plus de temps qu'avant, 42 jours en moyenne en août contre 41 un an plus tôt, mais elle se vend. Ce n'est pas le portrait d'un marché qui capitule.
Enfin, le coût de l'argent s'est stabilisé. La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre, un septième arrêt de suite, avec un taux préférentiel à 4,45 %. Un cinq ans fixe tourne autour de 4,24 % au Québec et un variable descend près de 3,45 %. Quand le financement arrête de grimper, les acheteurs qui étaient sur les lignes de touche reviennent, et cette demande soutient les prix.
Là où l'ajustement est bien réel
Dire que les prix tiennent, ce n'est pas dire que tout monte. La copropriété est le segment le plus avancé dans son rééquilibrage. Les condos se vendent maintenant en 62 jours en moyenne, soit douze jours de plus qu'il y a un an, et sur l'île de Montréal les conditions frôlent la limite d'un marché d'acheteurs. Les petites unités, en particulier, sont plus difficiles à écouler quand l'acheteur a l'embarras du choix.
Sur la Rive-Sud, ça veut dire qu'un condo mal évalué ne bénéficie plus du vent dans le dos qu'il avait il y a deux ans. Le prix affiché du premier jour fait plus que jamais la différence. Le plex, lui, résiste bien : son délai de vente a même reculé de quatre jours, à 52 jours, signe que le multilogement reste recherché.
Et pour la suite?
Personne ne peut vous garantir un chiffre, et je me méfie de qui le fait. Ce que les données disent, c'est qu'on n'est pas dans un scénario de chute. On est dans un marché qui reprend son souffle. Deux forces s'opposent : une offre qui continue de monter, ce qui pèse sur les prix, et une pression démographique plus faible doublée d'incertitudes économiques, ce qui ralentit la demande sans la faire disparaître. Résultat le plus probable pour les prochains mois : des prix qui bougent peu, plutôt à plat ou en légère hausse pour l'unifamiliale, plus mous pour le condo.
Autrement dit, l'époque des bonds de 10 % par année est derrière nous. Mais l'attente d'un rabais généralisé de 15 ou 20 % risque de mener à une longue déception.
Ce que ça veut dire pour vous
- Vous voulez acheter : vous avez plus de choix et plus de temps pour décider qu'à n'importe quel moment depuis 2020. Mais attendre une chute des prix pour une unifamiliale de qualité, c'est un pari que les chiffres ne soutiennent pas. Achetez sur la bonne propriété au bon prix, pas sur une prévision.
- Vous voulez vendre : vous n'avez pas manqué le sommet, les prix médians montent encore. Mais la marge d'erreur a rétréci. Un prix appuyé sur des comparables récents et une mise en marché soignée dès le jour un valent plus que jamais. Un condo demande une stratégie plus fine qu'une maison.
- Vous investissez : le plex tient le mieux et son délai de vente se resserre. Avec un taux directeur stable et un inventaire qui offre enfin du choix, c'est une meilleure fenêtre pour négocier qu'il y a un an, à condition de faire vos calculs de rendement sur les vrais loyers, pas sur des projections optimistes.
Ces repères valent pour la région, pas pour votre rue. Un bungalow de Longueuil, un condo de Brossard et une maison de Saint-Bruno ne suivent pas la même courbe. Avant de fixer un prix ou de faire une offre, parlons de vos comparables réels. Demandez une évaluation gratuite ou écrivez-moi, et on regarde votre situation précise. Vous pouvez aussi relire mon guide sur la façon de fixer son prix de vente.
Sources
- APCIQ — RMR de Montréal : le rééquilibrage gagne les couronnes, données d'août 2026 (4 septembre 2026)
- APCIQ — Statistiques mensuelles détaillées, province et régions
- Banque du Canada — Taux directeur maintenu à 2¼ % (2 septembre 2026)
- nesto — Taux hypothécaires au Québec (septembre 2026)
- Ratehub — Meilleurs taux hypothécaires au Québec (septembre 2026)